RSSI 2030 : Stratège, Innovateur ou Leader Global ? Les Nouveaux Visages de la Cybersécurité


Le monde hyperconnecté d’aujourd’hui, dominé par une dépendance croissante aux technologies numériques, place la cybersécurité au cœur des stratégies organisationnelles. Ce contexte a fait évoluer le rôle du RSSI (Responsable de la Sécurité des Systèmes d’Information) ou CISO (Chief Information Security Officer), qui est passé d’un profil technique centré sur les infrastructures informatiques à une fonction stratégique et multidimensionnelle. Mais que sera ce rôle en 2030 ? Cet article explore cette évolution, met en lumière les tensions et ouvre le débat sur les directions que pourrait emprunter cette carrière cruciale.

Plus qu’un technicien, le RSSI doit être un stratège

Dans les années précédentes, le RSSI était perçu avant tout comme un expert technique, responsable de la mise en place de pare-feu, d’antivirus et de mesures de protection contre des cybermenaces relativement prévisibles. Ce rôle a rapidement évolué face à l’explosion des cyberattaques sophistiquées, telles que les ransomwares et l’espionnage industriel. Parallèlement, les réglementations comme le RGPD ou le NIS ont introduit des exigences de conformité à la fois strictes et complexes, plaçant la cybersécurité au centre des décisions stratégiques.

Le RSSI s’est progressivement rapproché des comités de direction, devenant un interlocuteur clé des conseils d’administration. Pourtant, cette évolution n’a pas été sans friction. De nombreuses organisations continuent de sous-estimer les enjeux en termes de budget ou de ressources humaines. Ce manque de reconnaissance reste un frein majeur, en particulier dans les PME, où le RSSI se retrouve souvent marginalisé.

Les réflexions du CESIN, qui représente un vaste panel de RSSI en France, soulignent que cette évolution reste souvent freinée par la perception de la cybersécurité comme un simple centre de coûts. Selon une étude récente de ce groupe, près de 60 % des RSSI estiment ne pas disposer de l’influence nécessaire pour impulser des changements à haut niveau. À l’échelle européenne, le rapport de l’ECSO souligne que la reconnaissance des RSSI au sein des instances stratégiques reste inégale.


« Coincé entre la sophistication des menaces et une responsabilité accrue… le costume de RSSI n’a plus les mêmes dimensions ».


Les cybermenaces n’ont cessé de gagner en complexité. Les attaquants utilisent des IA pour concevoir des campagnes de phishing hyperciblées ou des attaques adaptatives capables de contourner les défenses classiques. Cette sophistication technique impose aux RSSI de se transformer en stratèges capables d’anticiper ces menaces tout en gérant les incidents en temps réel. La course technologique est permanente, et l’avènement des objets connectés multiplie les points d’attaque potentiels.

Un autre défi majeur concerne la responsabilité légale. Dans des affaires comme celle de Joe Sullivan (ex-CISO d’Uber), les RSSI ont été personnellement mis en cause pour des failles de cybersécurité. Mais il n’est pas le seul exemple. En 2017, l’ancien RSSI d’Equifax a été critiqué pour sa gestion d’une brèche massive ayant exposé les données de 147 millions de personnes, certains lui reprochant un manque de vigilance quant à des vulnérabilités connues. Plus récemment, en 2021, la fuite de données chez SolarWinds a mis en lumière les failles de supervision dans les chaînes d’approvisionnement logicielle. Bien que les RSSI de ces entreprises n’aient pas toujours été personnellement poursuivis, ces incidents ont renforcé la pression sur leur responsabilité individuelle.

L’ECSO rapporte que près de 70 % des RSSI en Europe considèrent que le partage d’informations stratégiques et la coopération entre acteurs transfrontaliers sont encore trop limités. Des initiatives comme celles menées par EDF dans le secteur énergétique, qui a vu une augmentation de 300 % des attaques sur les chaînes d’approvisionnement entre 2019 et 2020, montrent l’urgence d’établir des partenariats solides et des échanges d’informations pour réagir rapidement aux cybermenaces. Des efforts sont menés pour harmoniser la coordination avec d’autres pays européens à travers des plateformes comme CyberEurope de l’ENISA.


Le RSSI Globetrotter : entre coopération à l’international et internationalisation de la menace 

En 2030, les RSSI joueront un rôle de plus en plus actif dans les partenariats transfrontaliers et intersectoriels. La collaboration entre entreprises, institutions publiques et mêmes concurrents devient essentielle face aux cybermenaces globales. Le rapport de l’ECSO souligne que des initiatives comme celles de l’Union européenne en matière de partage de renseignements restent trop souvent fragmentées. Les RSSI doivent développer des compétences de négociation, en coordination inter-organisationnelle et en gestion de partenariats stratégiques pour maximiser l’efficacité de ces échanges.

Les entreprises doivent adopter une stratégie proactive incluant des échanges réguliers avec les organismes réglementaires et les fournisseurs, concernant les incidents mais aussi les vulnérabilités. Cela pourrait inspirer les secteurs estimés comme critiques par les autorités européennes, où les partenariats transfrontaliers et le partage d’indicateurs de compromission sont essentiels pour une réaction rapide et coordonnée face aux attaques complexes.


Le RSSI, d’exécutant à prescripteur de standards internationaux

En parallèle, les RSSI devront assumer un rôle plus central dans la définition et l’application des standards internationaux. En 2030, la mise en conformité avec des normes, standard ou dispositions réglementaires ne sont plus seulement une obligation technique mais deviennent une responsabilité stratégique. Les RSSI devront jouer un rôle crucial dans la création de ces normes, en collaboration avec des institutions internationales. Ce partenariat public privé me semble indispensable face aux enjeux à venir. 

De plus, les enjeux éthiques prennent une place prépondérante. Avec l’essor des systèmes d’IA et la surveillance de masse, les RSSI sont confrontés à des dilemmes complexes : comment garantir la transparence des algorithmes tout en protégeant les systèmes critiques ? Le respect des droits numériques, comme le droit à la vie privée et à la protection des données, devient un pilier incontournable de leur mission. Intégrer ces valeurs éthiques dans les pratiques de cybersécurité requiert une sensibilisation constante et un dialogue avec les acteurs réglementaires et sociétaux.


Le RSSI de 2030 : un stratège hybride au cœur des organisations

Le RSSI doit être un stratège adaptatif, capable de naviguer dans un environnement technologique et organisationnel en constante évolution. Pour mener à bien sa mission de protection des systèmes d’information, il doit anticiper les menaces, intégrer des technologies avancées comme les jumeaux numériques ou l’IA, et gérer les risques éthiques liés à la cybersurveillance.

Dans ses études prospectives, le CESIN insiste sur l’importance d’une approche holistique qui combine cybersécurité, gestion des risques et innovation. Protéger un système IoT dans une usine connectée ou réagir à une attaque combinée (cyber et physique) dans un environnement immersif deviennent des scénarios probables. Ces crises globales exigeront une coordination fluide entre cybersécurité et sûreté physique.


Les trajectoires professionnelles envisageables pour les RSSI d’ici 2030

Le RSSI de 2030 ne sera pas cantonné à un rôle figé. Plusieurs trajectoires s’offrent à lui :

  • Directeur des systèmes d’information (DSI) : Cette évolution naturelle exige une vision globale des systèmes d’information au-delà de la cybersécurité. Cependant, elle nécessite de dépasser l’aspect réactif pour adopter une posture proactive sur l’innovation technologique.

  • Chief Technology Officer (CTO) : Le RSSI pourrait devenir un leader technologique, dirigeant l’innovation tout en intégrant la sécurité dans la conception des produits. Ce chemin le place au cœur de l’adoption des technologies émergentes.

  • Directeur des risques : La convergence entre cybersécurité et gestion des risques globaux est une évolution plausible. Cependant, cette trajectoire pourrait limiter l’accent sur les aspects techniques et opérationnels.

  • Directeur de la sûreté et de la sécurité globale : En gérant à la fois la sécurité physique et numérique, le RSSI deviendrait un acteur clé de la protection des actifs stratégiques de l’organisation.

  • Directeur de la transformation : En orchestrant des initiatives de modernisation technologique et organisationnelle, le RSSI deviendrait un catalyseur du changement. Ce rôle nécessite une vision stratégique, une maîtrise de la gestion du changement et une capacité à aligner innovation, sécurité et objectifs métiers pour mener des transformations durables et sécurisées.

  • Entrepreneur ou consultant stratégique : Certains RSSI pourraient choisir de mettre leur expertise au service de plusieurs entreprises en tant que consultants ou en fondant des entreprises spécialisées en cybersécurité. Ce chemin attire des profils capables de prendre du recul, d’évaluer les risques à grande échelle et de proposer des solutions innovantes.

  • Participation à des conseils d’administration : Avec une connaissance approfondie des risques technologiques et stratégiques, les RSSI sont de plus en plus sollicités pour siéger dans des conseils d’administration ou pour conseiller des fonds d’investissement, en particulier dans les secteurs de l’innovation technologique. Ce rôle nécessite de solides compétences en gouvernance et en finance.

  • Rôles institutionnels ou politiques : Certains RSSI pourraient intégrer des organisations publiques ou internationales pour participer à la définition de standards ou de politiques globales de cybersécurité. Ces profils doivent avoir une vision systémique des enjeux et des capacités de négociation élevées.

  • Enseignement et mentorat : Transmettre les connaissances est une voie pour les RSSI souhaitant contribuer à résorber la pénurie de talents en cybersécurité. Ce rôle requiert une aptitude à simplifier des concepts complexes et à inspirer la prochaine génération.

Ces perspectives montrent que le choix d’une trajectoire dépend largement des ambitions personnelles du RSSI. Les compétences à acquérir varieront : leadership stratégique pour siéger à un conseil d’administration, expertise multidisciplinaire pour devenir directeur des risques, ou capacité à enseigner pour une carrière académique. Chaque chemin offre ses propres opportunités, mais impose aussi des défis.

Les compétences clés : anticipation et leadership

Le RSSI doit continuer à développer des compétences avancées. Sur le plan technique, la maîtrise de l’IA, de la blockchain et des systèmes quantiques semble indispensable. Sur le plan organisationnel, il devra anticiper les évolutions de son entreprise, des menaces et des technologies tout en adaptant les structures internes pour intégrer ces innovations de manière sécurisée.

Le CESIN ajoute que l’anticipation ne se limite pas aux menaces technologiques. Les RSSI devront aussi prévoir les changements organisationnels, comme la montée des modèles hybrides de travail ou l’augmentation de la dépendance aux fournisseurs tiers.

Le leadership et les soft skills seront tout aussi critiques. Convaincre des comités de direction, défendre des budgets, et construire une culture de sécurité partagée nécessitent des capacités d’influence et de communication exceptionnelles. Enfin, la gestion du stress et la résilience personnelle resteront essentielles pour éviter l’épuisement dans un rôle exigeant et souvent sous pression.

Au cœur de l’évolution du métier de RSSI se joue l’avenir de la cybersécurité

Le futur du RSSI est tout sauf figé. Entre stratégie, innovation et gestion des crises, ce rôle devra s’adapter en permanence à un environnement technologique et réglementaire complexe. Les organisations doivent, pour leur part, fournir les moyens nécessaires à cette adaptation : budgets, formations, et reconnaissance stratégique. Mais le RSSI de 2030 sera-t-il un leader intégré au plus haut niveau ou un spécialiste surchargé de responsabilités ? La réponse à cette question façonnera l’avenir de la cybersécurité.



Image généré par IA, portrait de [Adrien Lilo].


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Adrien Lillo

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