
En cybersécurité, chaque minute compte et quand une crise éclate, un vendredi soir ou un samedi, la question n’est plus théorique : qui peut réellement défendre une organisation française, dans sa langue et son contexte ? Dans ce nouvel épisode de L’Angle d’Attaque, Miguel de Oliveira, PDG d’AISI, et Rodolphe Amewoui, CTO d’AISI, reviennent avec Yasmine Douadi sur ce que signifie concrètement la souveraineté numérique : un vivier de compétences formées en France, une proximité qui évite de perdre un temps précieux en réponse à incident, et une intelligence artificielle qui accélère l’analyse sans jamais remplacer la décision humaine.
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Si le monde cyber emprunte le vocabulaire de l’armée, c’est parce qu’il en reproduit également la logique. Les attaquants industrialisent leurs opérations, cherchent à faire le moins de bruit possible et exploitent les angles morts laissés par les défenses. Mais une guerre suppose aussi des parties prenantes. Il y a l’entreprise ciblée, il y a l’assaillant et il y a ceux qui viennent la défendre. C’est là que la question de la souveraineté prend tout son sens. Rodolphe Amewoui évoque le cas d’un client qui lui a confié : « En temps de guerre, j’aimerais que ce soit l’armée française qui vienne m’aider ». Ce sentiment exprime moins le protectionnisme que l’exigence d’une défense disponible, compréhensible et ancrée dans son propre contexte. En bref : la guerre cyber nécessite la souveraineté numérique.
La souveraineté commence par les compétences
Pour AISI, la souveraineté numérique ne commence ni par un serveur local ni par une étiquette « made in France ». Elle commence par l’existence d’un vivier de compétences en cyber sur le territoire français. « Il y a un enjeu de souveraineté des compétences. On peut parler de souveraineté à plusieurs niveaux. Où sont les datas ? Quelle technologie on utilise ? Nous, on part du principe qu’on doit avoir des skills cybersécurité en France », explique Miguel de Oliveira.
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Cette expertise doit couvrir l’ensemble de la chaîne défensive : détection, réponse aux incidents, pentest et RSSI à la demande. En plus, « on veut absolument que ces compétences soient formées sur notre territoire, notamment en formant des jeunes également », souligne Miguel de Oliveira. La souveraineté numérique est donc autant un enjeu industriel et éducatif qu’un enjeu technologique. Sans talents formés, encadrés et fidélisés, la défense des organisations qu’ils protègent reste théorique.
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La proximité est une arme
En temps de crise, la souveraineté se mesure en minutes. Pour AISI, c’est précisément ce qui justifie d’avoir une équipe française unique et stable autour du client, plutôt que de faire transiter un dossier entre plusieurs intervenants. « On vient de perdre du temps à réexpliquer la situation à chaque fois qu’on doit passer le sujet à un nouvel ingénieur, c’est inenvisageable », résume l’un des fondateurs, un principe qu’AISI applique aussi bien à ses propres équipes qu’à sa connaissance fine des interlocuteurs administratifs français, qu’il s’agisse de mairies ou de la direction générale des finances publiques. Comme le précise Rodolphe Amewoui : « C’est le fait d’être ancré dans les processus français, de connaître le contexte dans lequel on évolue. »
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La disponibilité des équipes compte tout autant. Les intervenants évoquent une réponse à un incident menée avec des ingénieurs étrangers qui arrivaient toujours le lundi et repartaient le vendredi. Résultat : une demi-journée perdue à l’arrivée, une autre au départ, et cinq jours ouvrés réduits à quatre. « On perd 20 % de la capacité d’accompagnement du prestataire parce que les ingénieurs doivent venir de l’étranger », résume Rodolphe Amewoui.
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Ce temps perdu prend un relief particulier quand on se rappelle à quel moment surviennent les crises. « Souvent, quand les attaques arrivent, ça arrive le vendredi soir, le samedi. C’est jamais le lundi à 10h », observe-t-il dans l’entretien. La distance physique des équipes de défense n’est donc pas un détail anodin, mais un facteur qui peut directement réduire la capacité d’intervention lorsque chaque minute compte.
L’IA ne remplace pas l’état-major
L’intelligence artificielle renforce cette défense, sans la remplacer. Elle permet de traiter des volumes de données considérables et d’accélérer l’analyse. Les experts d’AISI racontent avoir reconstitué en quatre heures une chronologie d’attaque qui avait initialement nécessité trois jours d’analyse purement humaine. Toutefois, cette hausse des performances dépend entièrement de ceux qui l’utilisent.
« C’est très lié à la compétence humaine et à comment on va prompter, utiliser l’IA », explique Rodolphe Amewoui. Sans un bon savoir-faire en entrée, le résultat reste approximatif, et sans vérification en sortie, il peut être carrément faux. Malgré la montée en puissance des modèles d’IA, l’expertise humaine reste primordiale. Comme le résume Rodolphe Amewoui, « encore faut-il avoir les personnes compétentes et qui maîtrisent leur métier en amont pour prompter et pour vérifier le résultat. »
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La souveraineté cyber suppose donc de garder la maîtrise de la décision entre les mains humaines. L’automatisation peut venir enrichir l’arsenal d’outillage, mais elle ne remplace ni la connaissance de la menace ni l’interopérabilité entre équipes offensives et défensives, une expertise humaine que seuls des analystes formés en profondeur peuvent apporter. « C’est impossible de détecter des attaques s’il n’y a pas une vraie capacité à savoir comment on attaque », rappelle Miguel de Oliveira.
La souveraineté cyber n’est pas un repli technologique. Il s’agit plutôt de la capacité d’une organisation, et plus largement d’un pays, à comprendre la menace, à mobiliser des défenseurs compétents et à reprendre le contrôle rapidement. Comme le résume Miguel de Oliveira, « le risque cyber est un risque qui accélère les autres risques ». À l’heure où l’IA élargit les usages et les angles morts, la question n’est plus seulement de savoir où se trouvent les données. Elle est de savoir qui, en temps de crise, peut défendre le système d’information dans la langue, le contexte et le rythme de ceux qu’il protège.
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